L’Inde et les Diamants : Une Histoire d’Amour

Le diamant a toujours fasciné l’humanité depuis des millénaires. Les premiers diamants à avoir été trouvés étaient en Inde. En fait, en raison de l’absence de documents écrits concernant le commerce des diamants, les experts pensent que les diamants n’ont probablement pas pu quitter l’Inde avant le Xème siècle. Un des premiers documents mettant en évidence le fait que les gens connaissaient l’existence des diamants remonte au 4ème siècle avant JC. Il s’agit de l’Artha-Castra, le code indien sur les impôts concernant les pierres précieuses. Les premiers minerais étaient exploités en Inde au 8ème siècle avant JC et le commerce de pierres précieuses est antérieur à la période romaine. Des diamants se trouvaient dans la région de Golconda depuis quelques 4000 ans.

Afin de définir les taux d’imposition sur les diamants, le Artha-Castra se réfère à un certain nombre de pratiques et de règles mises en place par des spécialistes qui démontrent avoir une connaissance approfondie des diamants pour cette époque-là. Ce code des impôts allait devenir un véritable recueil d’informations connu sous le nom de “Ratnapariska”. Pendant plus de mille ans, cette doctrine allait donner naissance à des manuels techniques appelés “Ratna-Castra”, que tout homme respectable allait posséder, allant du poète aux nobles en passant par les commerçants.

Dans chacun de ces manuscrits, le diamant est décrit comme un bijou par excellence. Plusieurs des caractéristiques du diamant y sont décrites. La forme de la pierre, l’octahèdre, était considérée comme la forme idéale. La pureté, la couleur et l’éclat étaient tout autant décrits dans ces documents anciens. L’extrême rareté des pierres était également évoquée. En plus d’être clair, transparent et de forme octahèdre, un diamant parfait se devait être ‘laghu’, signifiant qu’il devait être de poids particulièrement faible. Les estimations des prix des diamants dépendaient presque uniquement de leurs poids spécifiques. Les pierres ayant un poids spécifique supérieur valaient moins que les pierres de densité nettement inférieure.  En réalité, la densité du diamant ne varie pas beaucoup ainsi c’était probablement une méthode pour différencier les diamants des autres minéraux.

L’Inde allait demeurer le producteur de diamants bruts le plus important au monde jusqu’en 1730. Avant cette date, les pierres brutes étaient directement montées. Comme celles-ci n’étaient pas polies, elles n’avaient pas l’éclat des pierres taillées et polies d’aujourd’hui. Les pierres brutes étaitent amenées de Kalinga et Bombay (Mumbai) puis acheminées au Golfe Persique, en Egypte et à Rome. Tous les diamants historiquement célèbres proviennent d’Inde (Hope, Koh-i-Nour, Regent, etc … ). Ce pays demeura aussi la seule source de diamants au monde jusqu’à ce que des minerais furent découverts en Afrique du Sud et au Brésil. De manière poétique, les Indiens considéraient ces pierres précieuses comme les fruits des étoiles aux origines sacrées ou magiques. Les diamants étaient considérés comme possédant des pouvoirs de protection et, en conséquence, étaient des pierres destinées à la royauté.

La couleur des diamants était liée au système de caste. Seuls les brahmanes étaient autorisés à posséder des diamants blancs ou incolores. Les pierres rouges étaient pour les chevaliers. Les pierres jaunes étaient réservées aux propriétaires terriens et les hommes d’affaires. Les travailleurs et les artisans étaient autorisés à posséder des pierres de couleur grise et noire. En toute logique, ces dernières pierres de couleur grise et noire étaient plus abondantes que les pierres jaunes, lesquelles étaient nettement plus communes que les pierres rouges, etc … Cependant, étant donné le salaire moyen d’un travailleur ou d’un artisan, il était fort peu probable que beaucoup d’entre eux eurent pu se le permettre, même s’il leur était permis de posséder des pierres de couleur foncée.

Alexandre le Grand ramena des diamants dans le monde Occidental en 327 avant JC. La légende dit que les diamants provenaient de la vallée des diamants, gardée par des vautours et des serpents. Les hommes d’Alexandre le Grand devaient jeter de la viande dans la vallée afin que les pierres puissent s’y accrocher. De cette façon, les vautours s’en emparaient de leurs serres et ramenaient leurs butins, permettant aux hommes de ramasser les diamants. Comme beaucoup d’autres histoires, cependant, ceci n’est qu’une simple légende. Les éléments de cette légende n’apparaîtront que des siècles plus tard dans des textes écrits par Epiphane, évèque de Constantia à Chypre. Dans tous les cas, seules les petites pierres parviendront en Europe puisque les princes Indiens gardaient les meilleures pierres pour eux-mêmes.

En Inde, les diamants ne furent taillés pas avant le 17ème siècle. Mais, depuis, l’Inde joue un rôle très important dans l’industrie de taille du diamant. K.M. Mehta fut le premier diamantaire indien à s’établir à Anvers en 1953. Aujourd’hui, l’industrie indienne du diamant est gérée depuis Bombay où peu de familles, y compris le groupe Mehta jouent un rôle essentiel. Plusieurs d’entre eux ont des bureaux et même des ateliers à Anvers, Tel-Aviv, New-York, Bangkok et en Chine.

Les importations de diamants bruts et taillés furent interdites du jour de l’indépendance de l’Inde en 1947 jusqu’en 1962. Aujourd’hui, l’Inde est le principal centre de polissage de diamants avec environ 800.000 travailleurs, notamment à Sourate et Bombay. 70 à 80% des diamants taillés et polis au monde proviennent des ateliers indiens  (en terme de nombre, moins en poids et en valeur puisque la plupart des pierres taillées et polies sont petites).

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